L’Iliade. Chant 16.
Les promesses de Zeus vont se réaliser. Point de suspense.
Les troyens sont sur le point de foutre le feu aux navires.
Achille, dans son coin, sent le cramé, et ordonne à Patrocle, son ami et tuteur, celui qui lui a tout appris, et qu’il a retenu jusque-là en dehors des combats, à cause de sa propre colère, Achille donc ordonne à Patrocle d’aller défendre les navires, afin de garder la possibilité de fuir. Pas grande gloire à cette décision.
Pendant ce temps, Ajax qui gardait presque seul les bateaux, doit reculer, et, comme Zeus l’avait annoncé, Hector met le feu au premier des navires grecs.
Patrocle enfile les armes d’Achille pour aller défendre, avec les guerriers d’Achille, restés l’arme au pied durant tout le combat. Il prend la tête des 2.500 hommes qui accompagnent Achille. C’est un bataillon qui n’est pas anecdotique, après tant d’efforts de part et d’autre.
Au moment où Patrocle part défendre les grecs, rendus au point de succomber définitivement, Achille lui donne l’ordre de bouter le troyen hors du camp grec, de le mettre en déroute, mais ensuite surtout, surtout, de ne pas poursuivre jusqu’aux murs troyens, de ne pas tenter de faire tomber la ville lui-même, mais de laisser cette joie, cet honneur, ce plaisir, cette gloire à lui-même, Achille, dont la gloire justement, dont le triomphe doivent être éclatants aux yeux de tous. Et donc de revenir sain et sauf, une fois la déroute des troyens constatée, pour qu’Achille finisse le boulot. Pas très glorieux non plus, ça…
Mais on se souvient que Zeus avait alors promis un peu plus haut, que l’honneur reviendrait à Achille… après la mort de Patrocle.
Zeus se parjurerait-il ?
Patrocle part à la tête des hommes d’Achille. Celui-ci, toujours, ne bouge pas. Ce dont il rêve c’est la gloire immense et totale, pour lui seul. Rêve que sûrement il touchera… au péril de sa vie. Et donc pour l’heure il envoie Patrocle, en lui intimant l’ordre de revenir en vie.
Mais peut-on, à la fois, rêver de gloire pour soi-même, sans limite, et avoir la force de sauver la vie des autres autour de soi. Cela paraît hautement improbable. Parole de Zeus.
Patrocle part à la bataille. Et jamais je n’ai lu jusqu’ici de pages aussi gores que celles-ci. Patrocle massacre. Les troyens reculent dans l’effroi. Tous les chefs grecs font pièce sur les chefs troyens. L’on voit que Zeus a abandonné Hector. Celui-ci, d’ailleurs, sans courage et sans honneur, est le premier à fuir (ce n’est pas la première fois).
Les troyens fuient. Patrocle, gros malin, les contourne afin de les prendre à revers et de les empêcher de fuir vers leurs murs. Le massacre est d’autant plus violent. Je crois que les images du débarquement en Normandie, ou du soldat Ryan, de Platoon, ou de Rambo… à côté de ça, c’est de l’urine de félin domestiqué.
Il y a un passage particulièrement violent où Patrocle tue Sarpédon. Je vous ai parlé de ce Sarpédon. C’est un fils de Zeus, que celui-ci, aujourd’hui, doit laisser tomber. Zeus a séduit Europe, et lui a fait trois enfants : Minos, Radamante et Sarpédon. Minos règnera sur la Crête au prix d’une forfaiture. C’est une autre histoire. Sarpédon, le cadet, on le voit, est aujourd’hui engagé du côté des troyens… Il va y trouver une mort brutale.
 » Patrocle frappe Sarpédon à l’endroit où le péricarde enserre le cœur musclé. Et l’homme croule, comme croule le chêne, ou le peuplier… »
« Et la mort, qui tout achève, enveloppe ses yeux et ses narines.
Et Patrocle lui met le pied sur la poitrine,
et lui tire sa pique du corps ;
le péricarde, accroché, suit,
et Patrocle ramène ensemble l’âme de Sarpédon et le bout de sa lance ».
Il n’est pas bon d’être du mauvais côté des alliances dans cette guerre atroce. Mais l’on se demandera justement ce que pouvait bien foutre Sarpédon du côté troyen, et pourquoi le fils de Zeus n’a pas l’appui de son père… Les desseins des dieux sont impénétrables.
Devant la victoire qui se profile, Patrocle pousse son avantage. Hector fuit vers Troie, les troyens se débinent comme ils peuvent. Patrocle oublie la prière d’Achille. Au lieu de revenir sain et sauf vers le camp grec, il poursuit l’assaut. Et franchement, il pourrait à lui seul, suivi de ses 2500 hommes faire tomber Troie. C’est sans compter sur la promesse de Zeus…
La gloire sera pour Achille. Pourquoi ? Parce qu’un chef sans honneur (Agamemnon) a usé de son pouvoir pour humilier Achille (l’horrible avantage pris sur l’autre grâce à la puissance ne semble pas être un idéal grec – à méditer ?).
Mais pourquoi Patrocle ne suit-il pas l’ordre ? Il suffisait de rentrer pour qu’Achille achève l’affaire. Non. Patrocle lui aussi sûrement veut sa part de gloire… Il faut dire qu’Achille ne semble pas mériter un respect infini. Achille, pour sa propre colère, a retenu 2500 hommes utiles à la bataille. Où trouver la raison du respect dans cette attitude ?
Patrocle donc continue le carnage. Par trois fois, il dégomme neuf hommes. Et cela continue. Patrocle est, lui aussi, aveuglé par sa puissance, par le pouvoir …
Alors Apollon apparaît à Hector, le fuyard, et lui donne le courage d’aller affronter Patrocle. Et Hector, sans gloire, tue Patrocle sous les remparts de Troie, où celui-ci n’aurait jamais dû se trouver…

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