L’Iliade. Chant 21.
Nous assistons à un véritable carnage.
Achille est une furie.
Les troyens fuient à toutes jambes.
Sans plus même regarder où ils vont.
Achille coupe l’armée troyenne en deux. La moitié d’entre les troyens est poussée vers la plaine qui les ramènera à leur ville, et à leurs remparts qu’ils espèrent protecteurs. L’autre moitié se trouve acculée contre le fleuve qui arrose cette région. Et en dépit d’autre solution, pour éviter le massacre, ils sautent dans l’eau, avec armes et bagages.
Double erreur : le fleuve n’est pas de tout repos.
Et l’eau n’arrête nullement la fureur d’Achille. Le massacre continue de plus belle. L’eau du fleuve vire au rouge.
Achille égorge sans pitié. Il achève ainsi l’un des fils de Priam, le roi de Troie, puis d’autres héros troyens. La pitié, Achille ne se sent nullement obligé d’en avoir, puisque les troyens lui ont, sans pitié, tué Patrocle, son ami, son alter-égo.
A partir de ce moment, le récit devient merveilleux, au sens de « quitter le réel », « aller vers le mystère ».
Le fleuve prend la parole et s’adresse à Achille. Il ne veut pas, le fleuve, que l’anéantissement des troyens se passe sur ses rives, dans ses eaux. S’il y a extermination – qu’il ne saurait soutenir en aucune façon, il est troyen le fleuve -, alors que cela se passe ailleurs, mais pas dans ses eaux. Il faut rappeler qu’un fleuve est un dieu. Qu’on ne rentre pas dans un fleuve impunément et sans lui présenter des sacrifices, sans lui rendre l’hommage qu’il convient. Et ici, nul sacrifice, sinon humain, et nul hommage.
Achille entend, mais ne change pas . Alors le fleuve se fâche et déclenche une houle propice pour les troyens et dangereuse pour Achille
(à noter qu’Achille est vraiment seul contre l’armée troyenne, pas une ligne ne décrit une aide de qui que ce soit, Achille ne semble avoir besoin de personne – pour preuve, quand un troyen lance sa javeline sur Achille et qu’il le loupe, la lance va se planter derrière Achille, dans le sable ou la roche, alors que, depuis le début de l’Iliade, quand un troyen rate un héros grec, c’est toujours le pauvre gars qui est derrière le héros qui en meurt sur le coup. Ici aucun mort, personne derrière Achille, il est vraiment très fort).
Achille doit quitter le lit du fleuve. Mais celui-ci ne l’entend pas comme cela, et il poursuit le héros dans la plaine.
Achille est en grand danger. Comment un mortel pourrait-il survivre à la colère d’un dieu.
Interviennent alors les dieux qui soutiennent Achille et le camp grec. Héra, la femme de Zeus (lui, Zeus, il regarde ça de loin, en s’amusant, il a décidé de laisser tomber les troyens qu’il soutenait depuis le début), Héra, donc, supplie Héphaïstos (le dieu forgeron) d’intervenir.
Héphaïstos allume alors un feu immense dans la plaine. Et ce feu sèche la terre et oblige le fleuve à rejoindre son lit. C’est un combat incroyable entre l’eau et le feu. Le feu gagnera. Il faut sûrement entendre là un certain nombre de considération agricoles et techniques…
Cette intervention des dieux opère un glissement de champ de bataille. Les dieux eux-mêmes, sur leur Olympe, se livrent aux querelles et aux coups. Athéna, Aphrodite, Arès, Poséidon, Héra…. : c’est « règlement de compte à OK Corral ». Sans le moindre mort, évidemment, ils sont immortels, mais ils ont accès à la douleur, et par voie de conséquence, au sentiment de rancune tenace. Les additions se paient. Et Apollon, soutien manifeste des troyens, en profite pour désorienter Achille, et du coup permettre aux troyens de rentrer dans leurs remparts. Ouf.

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