Un texte écrit par Dominique Wittorski.

Keep cool.
Ce slogan, qui sonne presque un peu « has been » -l'effet du franglais, sûrement-, paraît un peu daté dans sa forme mais est pourtant bien présent dans les injonctions quotidiennes de bienséance. « Keep cool, mec, keep cool meuf »... Agaçant.

Aujourd'hui, où la dictature de l'émotion s'est imposée partout, pas forcément pour notre plus grand bien (c'est un euphémisme). les émotions ont bizarrement été classées en deux catégories. Il faut d'abord affirmer qu'il n'y a rien de mieux que les émotions (surtout en Art). Elles remplacent avantageusement le rationnel, la réflexion l'analyse et la perspective, en tout cas pour ce qui est de conduire des politique, par exemple, l'émotion sera toujours l'alpha et l'oméga des prises de températures sociétales. Pour l'Art, c'est une évidence...
Puis ensuite, une fois que l'on aura bien affirmé l'excellence des émotions, il faudra trier celles ci en deux catégories, les bonnes et les mauvais. C'est le principe même de toute bonne dictature. Pointer la perfection, et désigner le mal. Eriger le mal en ennemi, et la perfection comme seul but à atteindre.

Les émotions sont donc de deux catégories. Les bonnes : le rire, la joie, la tristesse, la surprise... Et les mauvaises : la colère et la peur. Pourtant la peur peut sauver la vie. Et quant à la colère, qui est mauvaise conseillère - on le sait), et dont on désignera toujours celui qui est sous son emprise comme quelqu'un dont il faut se méfier, eh bien, il faut pourtant constater qu'il y en a des saines, de saintes, que les colères homériques ont traversé la mythologie et l'histoire comme des nécessités parfois, comme des calamités aussi. La colère est paradoxale. La colère peut être noire, mais aussi salvatrice, ou christique. Mais aujourd'hui, c'est sûr, le « Keep cool » a remplacé le Dies irae. Plus de colères nécessaires, seulement l'un des sept péchés capitaux. Et pourtant, la colère n'est-elle pas un réaction nécessaire à la survie. Face à la douleur n'y a-t-il toujours que la tristesse qui soit bonne ? La colère n'a-t-elle pas sa place aussi ? Face à l'injustice ? Quand il faut se battre, ne faut-il pas une bonne dose de colère pour trouver des ressorts ?

Et face à la répétitions des douleurs et des injustices, les mêmes douleurs et les mêmes injustices, la colère n'est-elle pas la réaction la plus saine, la plus juste ? La plus nécessaire ? Paradoxale colère qui fait aussi perdre la clairvoyance, et la mesure.
Avec l'âge, on s'adoucit, oui, mais parfois il y a des cicatrices qui ferment mal, et là, lorsqu'on y touche, les colères sont magistrales. Surprenantes. Parce que les injustices et les blessures sont anciennes. Et surement trop souvent réouvertes.
Voilà les pistes qui conduiront à l'écriture de « Keep cool », et avec la suite de l'injonction « and smile as we go under », on montrera peut être combien ce sourire peut être crispé, hypocrite et très bienséant.

Teaser du spectacle

Création

Le Cellier, Reims (51) : 18, 19 et 20 mars 2021
Reprise du 28 février au 5 mars 2022
La Filature, Bazancourt (51) : 30 avril 2021
Reportée au 11 mars 2022

Résidences de création

- Le Cellier, Reims (51) : 21 au 27 septembre 2020
- La ménagerie de Verre (Paris 11è) : 9 au 13 novembre 2020 et 25 janvier au 5 février 2021
- Théâtre Louis Jouvet, scène conventionnée de Rethel (08) : 27 au 31 janvier 2021
- Le Carreau du Temple (Paris 3è) : 7 au 11 décembre 2020
- La Filature, Bazancourt (51) : 8 au 12 février 2021

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